Coaching éditorial One Shot︱Bootcamp Linkedin 21 jours (J-21) ︱Coaching Linkedin 1:1 ︱ Brand copywriting (DM)
Je ferme le capot de mon Macbook. Ça fait 2h45 que je travaille avec Claude Cowork.
Je fais une pause podcast, j’appuie sur PLAY. Un invité s’exclame :
“Non mais dans quelques années les IA feront tout. Quand on sera malades, on n’aura plus qu’à appuyer sur un bouton et on sera guéris”
Sérieusement ?
Je soupire. STOP.
Mon téléphone sonne, c’est mon père.
“Marie tu viens m’aider avec les crapauds ?”
Voilà autre chose.
“Ok, tu me donnes 20 min ? Je ne suis pas encore douchée”
24 min plus tard j’arrive en jean clair et sweat rose, pimpante et parfumée.
Chaque année, ma ville retrouvait des milliers de crapauds ensanglantés sur le bitume.
Leur traversée, de la forêt vers la mare, était fatale. Seuls quelques-uns survivaient.
Jusqu’au jour où mon père a fait construire un tunnel sous la route.
Un crapauduc.
Depuis, les crapauds traversent tous vivants.
Mais... ils arrivent dans un bac.
Il faut des bénévoles pour les libérer.
Je saisis l’un après l’autre une vingtaine de princes en devenir, quelques tritons et je les mets dans un grand sac.
Leur peau souple pulse au rythme de leur petit cœur.
Ils coassent tièdement en signe de désapprobation.
“Voilà, maintenant on les relâche”
Mon père me montre un tas de ronces.
“Dans les ronces là ?”
“La végétation a trop poussé, on ne peut plus accéder à la mare”.
Je plisse les lèvres et fronce les sourcils.
“On ne peut pas lâcher des petits tritons dans les ronces ! Donne moi le sac je vais voir ce que je peux faire.”
Je m’engouffre dans une jungle d’orties et d’épines.
“Marie ça va ?”
J’entends mon père au loin.
“Ava, ava, suis presque. Rha mes cheveux.”
J’avance accroupie sous des lianes de ronces pas tendres.
Je vois la mare.
Ma joie est de courte durée quand un bruit brutal surgit des fourrés.
Une masse sombre me passe devant comme un obus.
C’est un sanglier.
“C’était quoi ce bruit ?”
Putain, le truc...
“Un sanglier. Bon, je relâche les kids”
Un à un, les amphibiens rejoignent l’eau et s’embourbent avec ce que j’imagine être de la délectation.
Mission accomplie.
Je dois rentrer mais... je ne sais plus du tout par où je suis passée.
Je repère la barrière et un sentier. Génial, j’y vais.
Mais au bout de 3m, je suis obligée de me remettre accroupie.
Les ronces forment un tunnel qui s’allonge sur plusieurs dizaines de mètres.
Je me mets en squat yogi pour avancer mais je suis encore trop haute.
Si je continue je vais me blesser. Je n’ai pas le choix...
Je passe à quatre pattes et...
Je rampe.
Comme à l’armée (il y a 15 ans).
Problème : je suis claustrophobe et rien ne m’angoisse plus que d’être dans un espace confiné (avec des épines, en plus).
Mais je suis engagée dans le ventre de la forêt et je ne peux pas me retourner.
Il me reste 15m (c’est long).
La panique monte.
Je visualise.
Le tunnel en béton du parcours du combattant de l’École de l’air.
La terreur que j’ai ressentie le jour où on m’a dit :
“C’est le 1er obstacle à passer. Et pour corser le truc, vous allez vous croiser en sens inverse à l’intérieur du tunnel.”
À ce moment-là j’ai appris une chose pour ne pas exploser : couper mon cerveau hyper sensible.
Je décide de le faire à nouveau.
“Marie t’en es où ?”
Mon père n’est pas encore inquiet, il tente de me localiser.
Je dois rester concentrée.
“J’arrive”, je réponds brièvement.
Je rampe, je rampe, je rampe.
Mon sweat rose est devenu marron.
Mes genoux sont recouverts de boue.
Mes mains picotent sous l’effet des orties.
Je vois enfin la route.
Je me relève.
Mon père arrive vite :
“Ma pauvre mais qu’est-ce qui t’est arrivé ?”
“Oh, j’ai un peu galéré, mais les amphibiens sont à la maison !”
Mon père sourit.
“Il faudrait qu’on négocie avec les éco gardes pour débroussailler”
Je rentre chez moi à pieds. Par pitié pour les sièges de la Toyota paternelle.
Je repense au podcast que j’ai écouté 1h plus tôt.
Est-ce qu’il existe un “bouton IA” pour transporter des crapauds vers les mares ?
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La narration immersive n’est pas une technique littéraire réservée aux romanciers.
C’est l’art d’embarquer votre lecteur dans une scène plus vraie que nature pour mieux lui faire passer un message.
J’aurais pu faire un décryptage de l’actu Tech, une analyse de travaux de recherche sur l’impact de l’IA sur la créativité ou encore écrire un billet d’humeur sur les techs bros qui réduisent la vie humaine à un simple algorithme.
Je l’ai d’ailleurs fait l’autre jour en commentaire d’un beau post écrit par Michaël V. Dandrieux qui commence par :
“La technologie c’est la métaphysique du pauvre. Quand on n’est plus capable de se pencher sur les dimensions profondes de l’expérience humaine, on se recroqueville dans les specs du prochain model d'IA” - lire la suite.
Ma réponse :
Mais la beauté de l’éditorial c’est d’avoir un arsenal.
C’est à dire varier les angles et les formats pour faire passer un message.
Or, plusieurs études ces dernières décennies montrent qu’on retient mieux les histoires que les faits.12
Cette fois-ci j’ai donc opté pour le storytelling avec un accent immersif.
Voici 5 clés pour réussir vos narrations immersives comme les plus grandes marques :
1. Le présent de narration
Je le répète en coaching tous les jours. J’aurais pu écrire “j’ai fermé le capot de mon Macbook.” J’ai écrit “je ferme.” Le présent supprime la distance temporelle. Le lecteur n’est plus spectateur de vos souvenirs. Il est dans l’action.
2. Show don’t tell
Je ne vous dis pas “les crapauds semblent stressés”, je vous dis :
“Leur peau souple pulse au rythme de leur petit cœur.”
Je ne vous dis pas “j’ai mis les mains dans les orties”, je vous dis :
“Mes mains picotent.”
Je ne vous dis pas “j’ai du mal à parler et les ronces m’agrippent les cheveux”, je retranscris un dialogue :
“Ava, ava, suis presque. Rha mes cheveux.”
Quand vous faites un décryptage ou une analyse, c’est utile d’être très explicite.
Quand vous racontez une histoire, c’est nécessaire de montrer ce qui se passe plutôt que de l’expliquer.
3. Le dialogue
Le dialogue nu crée l’impression de surprendre une conversation.
Je ne vous dit pas : “Mon père m’appelle et me demande si je veux bien l’aider avec les crapauds”.
Je vous plonge avec moi “in media res” :
“Marie tu viens m’aider avec les crapauds ?”
4. Ne pas tout raconter
Pour réussir votre narration, vous ne devez pas TOUT raconter, qui plus est au même rythme, mais faire des choix drastiques.
La clé est de vous focaliser sur certains moments et en balayer d’autres.
Par exemple ici :
J’insiste sur ma progression au sol éprouvante : “je rampe, je rampe, je rampe”. La triple répétition montre à elle toute seule l’idée de durée.
Le texte dédié au retour de la mare vers la voiture occupe 40% de l’histoire.
Par contraste, le texte dédié à l’irruption du sanglier et à la libération des amphibiens prend seulement 8.4% de l’histoire, et celui réservé à la mise en contexte du crapauduc à peine 8.5%.
Mots forts > Mots faibles
C’est un principe universel en copywriting.
Votre défi est de dire le plus de choses en un minimum de mots.
En coaching je vois souvent des brochettes de mots faibles qu’un ou deux mots forts peuvent remplacer. Résultat : moins de mots, plus d’impact.
Je ne dis pas : “j’ai eu peur le jour où…”, je dis : “La terreur que j’ai ressentie”
Je ne dis pas : “Je ne veux pas salir la voiture de mon père”, je dis : “Par pitié pour les sièges de la Toyota paternelle.”
Je ne dis pas : “Je m’avance dans la végétation”, je dis : “ je suis engagée dans le ventre de la forêt “
3 applications directes du storytelling immersif
1. “Winning Isn’t Comfortable” (Nike)
Nike n’a jamais vendu une paire de chaussures en listant des caractéristiques techniques. La campagne “Winning Isn’t Comfortable” ne montre ni podium, ni médaille, ni foule. Elle zoome sur les muscles douloureux, les réveils solitaires à 5h, les montées d’escalier au ralenti après l’entraînement.
Résultat : c’est une pub qui ne ressemble pas à une pub (et puis la musique…🥰)
2. Le personal branding de Sara Blakely (Spanx)
Sara Blakely est un phénomène. La nana répète sa backstory à toutes les sauces et sur tous les médias (Linkedin, podcasts, interviews). Ex vendeuse de fax, Sara raconte le jour où elle s’est rendu compte que de porter des collants sous ses jeans créait un superbe effet galbant, à un détail près : c’était l’été et elle portait des sandales.
Son histoire décrit comment elle a découpé les pieds de ses collants avec des ciseaux avant une soirée puis transformé cette idée d’un soir en business retentissant.
La founder’s bio avec Altra Running
Même schéma avec la marque Altra Running dont j’ai géré les réseaux sociaux en Europe pendant 5 ans : les 3 co-fondateurs étaient initialement vendeurs dans un magasin de running et se sont rendu compte que plus une chaussure avait de “drop”, plus les gens se blessaient. Ils ont commencé par égaliser les semelles de leurs clients en coupant l’excès de talon et voyant les résultats phénoménaux sur leurs clients, en ont fait un business racheté par le groupe VF Corp (CA 2025 : 2,8 milliards de dollars).
Que de souvenirs…!
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À bientôt,
Marie 💙
Coaching éditorial One Shot︱Bootcamp Linkedin 21 jours (J-21) ︱Coaching Linkedin 1:1 ︱ Brand copywriting (DM)
https://www.anecdote.com/2015/01/link-between-memory-and-stories/
https://web.archive.org/web/20231208042525/https://en.wikipedia.org/wiki/Made_to_Stick





Je me suis fait traîner dans… le plaisir de la lecture d’une story écrite comme un diamant 💎 parfait. Merci ! et ensuite l’enseignement de la technique de taille d’une grande clarté 🙏🏻
Moralité : ne jamais se doucher avant d’aller dans la forêt