“Il est si commode d'être sous tutelle. Si j'ai un livre qui me sert d'entendement, un directeur de conscience qui me sert de guide, un médecin qui juge de mon régime alimentaire à ma place, je n'ai alors pas moi-même à fournir d'efforts. Il ne m'est pas nécessaire de penser dès lors que je peux payer ; d'autres assumeront bien à ma place cette fastidieuse besogne.”
- Emmanuel KANT, Qu’est-ce que les Lumières ? (1784)
On écrit ensemble à la rentrée ?
Retrouvez le plaisir d’écrire des posts qui sont de qualité ET lus en participant à la 5e BILS Arena du 24 sept au 14 oct
Mon offre d’accompagnement 1:1 évolue pour les dirigeant(e)s occupés qui veulent un sparring partner de pensée mais qui n’ont pas le temps de publier (pour le moment).
Retrouvez-moi sur Linkedin (quelques histoires estivales inattendues vous attendent)
Que vous ayez aimé ou détesté la philo au lycée, l’actualité nous invite à nous rappeler la devise des Lumières (Diderot, Voltaire, Montesquieu, Rousseau), si ce n’est par intérêt, au moins par fierté :
“Aie le courage de te servir de ton propre entendement !”
Je salue au passage Monsieur Noval qui m’a fait tomber amoureuse de la philosophie en Terminale, mais aussi un peu de Socrate je dois dire et qui répétait ce mot “entendement” à chaque coin de texte.
L’entendement c’est tout simplement notre capacité à penser, à raisonner, à émettre un jugement et à exercer notre esprit critique.
Autrement dit, c’est un des superpouvoirs humains qui permettent d’évaluer le monde pour faire ses propres choix : est-ce que cette personne est intéressante pour moi ? est-ce que cette action a du sens ? est-ce que si je gagne en productivité sur une tâche X, je ne perds pas un bénéfice Y ? est-ce que ce texte que je lis me nourrit ou me vide ? est-ce que ce que j’exprime en public est juste ? (…)
Les professionnels que j’accompagne individuellement dans leur stratégie d’écriture sur Linkedin ont bien compris l’urgence de resserrer la vis de l’entendement en 2026, parce que le vent tourne vite et fort :
Ils utilisent l’IA mais ils voient bien qu’à l’usage, ils commencent à flirter avec une ligne rouge : celle où leur style se noie dans celui du LLM, et leur pensée se dilue.
Ils sont convaincus que Linkedin est une place d’expression publique géniale où la pensée attire la pensée et la qualité attire la qualité, mais ils sont tiraillés entre publier des posts divertissants qui ne racontent rien de leur valeur et des posts sérieux qui ne racontent rien de leur humanité.
Ils ont des métiers de conseil, de coaching, de direction où la pensée profonde est une nécessité différenciante mais ils sont aussi lucides sur les exigences de médias comme Linkedin qui exigent des enrobages permanents pour capter l’attention des Hommes et percer les voies (presque) impénétrables des algorithmes.
Le dilemme est donc constant : publier des posts sérieux pour garder un contrôle total sur son autorité perçue mais risquer d’ennuyer tout le monde ou publier des contenus plus détendus pour créer du lien mais risquer de ne jamais être évalué à sa juste hauteur.
Après avoir accompagné sur des courtes durées ou sur plusieurs mois près de 300 personnes différentes, je crois que le vrai problème est en réalité ailleurs.
Il ne s’agit pas de choisir entre le sérieux boring ou le divertissant creux, mais d’apprendre à déguiser la valeur en objet brillant.
C’est ça le plus difficile à faire et c’est la raison pour laquelle il y a aujourd’hui tant de dichotomies sur Internet entre des médias très (trop) sérieux d’un côté et d’autres plus divertissants qui font beaucoup (trop) de bruit. Peu de gens sont capables de surfer sur les deux pôles pour rendre la culture sexy, la pensée délicieuse et le style excitant.
Or, c’est de cette compétence que nous avons besoin pour inventer de nouveaux récits et provoquer de nouvelles actions.
Je ne sais pas où vous étiez hier, mercredi 12 août, pendant l’éclipse qui a atteint 99,5 % à la frontière franco-espagnole, mais moi je revenais d’un petit run tranquille et je me suis posée dans mon jardin pour voir ce qui allait se passer, sans aucune attente ni préparation (j’avais presque oublié pour être honnête).
Au début je ne voyais ni ne sentais rien de différent et puis un peu après 20 h, le ciel s’est opacifié.
Il faisait à la fois jour et sombre. Il y avait une “obscure clarté” pour citer Corneille dans Le Cid. L’ambiance était oxymorique : à la fois douce et intense. C’était inédit, à tel point que je me suis assise et je me suis laissé envahir par une émotion profonde. Cela n’avait rien à voir avec l’analyse rationnelle de ce qui se produisait dans le ciel à ce moment, mais avec un sentiment d’être à la fois minuscule et essentielle au sein de quelque chose de bien plus Grand que moi.
Mais je me connais et ce n’est pas ma réaction qui m’a surprise. C’est l’engouement majeur que cet évènement immatériel et stupéfiant a provoqué chez une majorité de Français.
À la question d’une journaliste dans la Matinale de France Info1 :
“Maintenant qu’on a toutes les explications scientifiques autour de ces éclipses, comment expliquez-vous qu’il reste toujours quelque chose de magique quand elles se produisent ?”
Jacques Arnould, historien des sciences et expert éthique au CNES répond :
“Avant d’expliquer, il faut quand même être heureux ! Savoir c’est bien beau, connaître la mécanique des astres c’est une chose (…) mais l’imaginaire joue toujours (…) nous sommes heureusement toujours des humains et nous avons besoin de signes dans le ciel.”
La réponse du scientifique est géniale, elle ne nie pas le savoir mais elle nous ramène à l’expérience du réel : à la joie, à l’excitation, à la fascination.
Cet évènement nous montre deux choses qui s’appliquent à l’humanité de manière universelle et que nous ne pouvons pas mettre de côté quand nous décidons de publier des textes sur Internet :
La transcendance n’est pas une tendance, c’est une aspiration humaine universelle qui tire vers le haut, amène au questionnement, à la quête de sens et permet de trouver de la joie, même dans les actions les plus basiques du quotidien (ou gratuites, comme cette éclipse). La rechercher dans ses publications n’est PAS une folie. Cela devient une nécessité.
Ce qui embarque l’Homme n’a pas besoin d’être sérieux, mais d’être profond. La différence entre les deux est majeure. Ce qui est sérieux peut très facilement devenir ennuyeux en se protégeant derrière des bunkers de données. Ce qui est profond, implique forcément une notion d’épaisseur et d’incarnation. La profondeur n’est pas un attribut qui se fabrique mais une expérience qui se vit.
Trop de personnes brillantes ont une peur viscérale de s’exprimer sur un média comme Linkedin, pas tant pour des raisons d’ego ou de blocage d’écriture en public, mais par méconnaissance totale de cet espace tierce qui n’est ni celui du sérieux ennuyeux, ni celui du divertissant gênant.
Or cet espace existe.
Mais il ne se fabrique pas avec des templates ou en demandant à un LLM de le trouver pour soi, il s’expérimente et se construit sur mesure.
Vous l’aurez compris, chaque personne possède son propre espace, avec ses propres curseurs rationnel/personnel, réflexion/émotion, faits/histoires. Ce n’est certainement pas un “one-size-fits-all”. Mon espace d’expression profonde et incarnée ne ressemblera jamais au vôtre.
Les erreurs les plus courantes que j’observe sont les suivantes :
Demander un avis à l’IA sur son texte “pour se rassurer” (l’IA n’a ni profondeur, ni épaisseur et ne peut pas évaluer le bon équilibre entre autorité et humanité autrement qu’en se basant sur un référentiel moyen qui n’aura rien à voir avec vous).
Demander à l’IA de réécrire son texte “pour l’améliorer” (cette pré-publication2 passionnante montre que chaque réécriture lisse un peu plus votre texte vers un centre de gravité sémantique commun aux différentes IA, donc l’éloigne de vous).
Écrire des posts Linkedin qui se prennent pour des thèses (un post Linkedin est un appât vers une newsletter, une discussion plus approfondie en commentaires, en DM ou en direct, vous ne pouvez pas et ne devez pas chercher à TOUT dire sur un sujet en 3000 caractères).
Croire que l’humour dégrade l’autorité (au contraire, je trouve que l’humour est un art difficile et celle ou celui qui le manie bien marque des points de charisme incontestables).
Chercher à faire plus jeune que son âge pour être vu comme quelqu’un de cool sur les réseaux (ce qui compte est d’être fidèle à qui vous êtes : si vous avez 50 ans et que vous vous exprimez vraiment comme une personne de 30 dans la vie, ne changez rien à l’écrit. Mais ne vous travestissez pas. Dans un sens comme dans l’autre d’ailleurs.)
Ne pas vous impliquer dans l’écriture de vos contenus (ghostwriting sans co-réflexion ou délégation à l’IA) sous prétexte d’être plus productif (l’écriture est un sport créatif et intellectuel aussi nécessaire que l’entraînement physique. Vous avez le droit de dire que vous ne voulez pas être en bonne santé, mais vous ne pouvez pas dire que le sport est inutile).
À l’inverse, voici ce que je vous conseille de faire pour développer votre espace sur mesure d’écriture à la fois convaincante et attirante :
Vos meilleures idées se trouvent dans votre quotidien, pas sur Internet (à chaque fois que je me perds dans des recherches pointues sur un sujet et que j’en fais un post, le flop est quasi assuré. À chaque fois que j’intègre une pensée de fond dans une anecdote vécue, c’est le décollage ! Renouez avec le bonheur des carnets de notes papier et écrivez ce que vous vivez et pensez. Votre vie va changer.)
L’intime appelle l’universel, ne rejetez pas ce qui vous dévoile (il y a un monde entre raconter votre vie personnelle sur la place publique et utiliser vos ressentis, vos émotions et ce que le monde provoque en vous, pour déployer vos réflexions. Mettez de vous dans vos posts et dites la vérité, mais pas toute - la vérité.)
L’universel n’est pas le générique : cherchez l’universel, chassez le générique (ce qui est universel est ce qui relie des personnes en apparence très différentes. On parle de “psychographie” en marketing, quand il s’agit de décrire sa cible par ses comportements, ses aspirations, ses peurs et non par les qualificatifs de surface “âge, genre, statut pro” qui ne veulent absolument plus rien dire aujourd’hui. Ce qui est générique, à l’inverse, s’adresse à tout le monde donc ne parle à personne. C’est globalement ce qui sort de la bouche des IA, entraînées à produire des contenus ni exécrables, ni fabuleux, mais statistiquement convenables. Cherchez toujours à enrober vos sujets de fond, d’idées universelles, ils atteindront bien plus de monde).
La technique du post en X
Dernier conseil d’écriture précieux que je réserve à mes clients en coaching :
Commencez par une accroche* spécifique - c’est à dire explicite, éventuellement chiffrée, sans faux suspense, sans private joke avec vous-même, qui dit ce qui doit être compris sans aucun détour - et aussi universelle que possible - c’est à dire qui vient parler d’une préoccupation ou d’un sujet de masse (à l’opposé de la niche).
* Les accroches font désormais 5 lignes sur desktop et mobile !Introduisez progressivement de la profondeur (le “diamant”) : maintenant que vous avez l’attention des gens et qu’ils ont cliqué sur “voir plus”, déroulez votre post en amenant des pensées plus pointues qui concernent plus spécifiquement votre message.
Finissez par une nouvelle ouverture : pour les personnes qui vous liront jusqu’au bout, c’est le moment de leur donner envie de commenter votre post. Si vous posez une question pointue, existentielle ou à laquelle il est gênant de réfléchir en public (je vous promets que je le vois tout le temps), personne ne voudra commenter. Mettez-vous à la place de votre lecteur, donnez-lui envie de cliquer ou d’apporter quelque chose qui le valorisera en commentaire.
Voici un exemple de post en X que j’ai écrit récemment (vous visualisez bien la forme du X : ouverture / resserrage / ouverture) :
Accroche : sentiment universel “c’est dur d’être soi”
Développement :
Illustration de l’accroche par ma propre expérience de vie et prise de conscience que la quête de “normalité” est usante
Diamant : c’est la raison pour laquelle je défends l’écriture en public sans assistance artificielle (pas parce que c’est mal de demander de l’aide, mais parce que l’assistance artificielle est “normalisatrice”)
CTA : la suite dans l’extrait vidéo juste en dessous et dans le podcast complet ensuite (que vous pouvez écouter ici).
C’est tout pour cette édition, je vous donne rendez-vous en commentaire, par mail, sur Linkedin et dans les rangs de la prochaine BILS Arena qui a lieu du 24 sept au 14 oct (j’offre un avis sur le post de votre choix pour toute inscription avant le 31 août : c’est le moment de tester la technique du X).
PS : si vous avez des questions sur la BILS Arena, ma boîte mail est salée mais ouverte ;)
Passez un bel été,
〰️
Marie ⛱︎
https://www.franceinfo.fr/replay-jt/franceinfo/6h30-9h30/7-heures/eclipse-solaire-du-12-aout-cet-engouement-populaire-est-assez-extraordinaire-partage-jacques-arnould-historien-des-sciences-et-expert-ethique-au-cnes_8144270.html
Voice Under Revision: Large Language Models and the Normalization of Personal Narrative, Tom van Nuenen, Social Sciences D-Lab, University of California, Berkeley






Tout est super précieux dans ta dernière missive 🙏🏻
Et cette citation de Kant résonne tant avec notre époque que je suis ébahie !